Quelques astuces aussi bien pour les manches de hache, de houe, de râteau, de croissant ou encore de croc.
Les outils manuels agricoles français sont majoritairement emmanchés par friction du manche dans l’outil, comme ceux de nos voisins portugais, espagnols et italiens. C’est pourquoi on parle d’emmanchement «latin» en comparaison à l’emmanchement «germanique» de nos voisins germains, anglo-saxons, scandinaves, qui lui est bloqué par un coin.

Les manches latins ont l’avantage par rapport aux manches germaniques d’être plus simples et résilients. On peut les remplacer voire les intervertir facilement, et même les façonner à partir de branches de feuillus durs.
Les manches germaniques sont fixés par un coin, tandis que les manches latins sont comme un grand coin qui se fixe dans l’outil. Cela simplifie les choses mais nécessite de bien comprendre cette mécanique.
Problèmes et solutions concernant les manches d’outils
Problème : J’ai un outil neuf mais je n’arrive pas à l’emmancher, à insérer complètement le manche.
Solution : le bois est une matière vivante, il gonfle avec l’humidité et se rétracte avec l’air sec. Si vous achetez un outil neuf dans une période humide, les fibres du manche seront certainement gonflées par cette humidité dans l’air. En le glissant dans l’outil, le manche semble être à la bonne forme mais impossible de le glisser jusqu’au bout. Pour régler le problème, il suffit de stocker le manche pendant 24h à 48h au sec, voire moins de temps si vous le placez près d’un chauffage. Cela rétractera les fibres du bois et permettra au manche de s’enfiler plus facilement.
Pour bien serrer le manche en place, vous allez devoir frapper celui-ci. Si vous n’avez pas l’habitude d’utiliser un marteau, utilisez un maillet en bois ou une massette en caoutchouc pour éviter d’abimer le bois. Si vous n’avez qu’un marteau ou une massette en acier, entrainez-vous à bien frapper à plat pour éviter qu’un bord du marteau vienne abimer voire fendre le bois. Votre outil de frappe devra au moins faire 600g.
Astuce : Il est efficace, avant d’enfiler le manche, d’enduire celui-ci d’huile de lin ou autre matière grasse pour lubrifier le bois et l’intérieur de l’œil de l’outil.
Pour bien emmancher une houe, une serfouette, une hache ou autre outil dont le manche est coincé dans un œil :
- Prenez un chiffon ou un vieux vêtement dans la main qui tiendra le fer de l’outil à emmancher.
- Enfilez le manche en le faisant gigoter pour qu’il aille le plus loin possible.
- Placez ensuite votre main avec le chiffon autour du manche et sous le fer de l’outil, sans serrer le manche. Le chiffon est là pour protéger votre main de la transmission de l’impact du marteau. Vous pouvez aussi mettre un gros gant.
- Frappez sur le haut du manche comme si vous vouliez enfoncer un piquet ou un tuteur dans le sol : des coups forts et précis (tout le monde en est capable, si vous n’arrivez pas à être précis(e) prenez un outil de frappe moins lourd, il vous faudra seulement taper plus longtemps).
- Frappez jusqu’à ce que le manche n’ait plus l’air de s’enfoncer. Si vous n’avez pas encore l’œil expérimenté, faites de petites marques pour repérer votre progression

Astuce : si vous emmanchez un outil à manche long, comme une houe. Aidez vous d’un banc ou tout autre support pour laisser reposer une partie du manche sur celui-ci.

Problème : mon manche se desserre et gigote dans l’outil
Ce problème intervient le plus souvent lorsque le manche a été coincé par temps humide, ou encore lorsqu’on a pris l’habitude de plonger l’outil dans l’eau pour faire gonfler le manche. Idem si c’est un manche que vous avez façonné vert, c’est-à-dire à partir d’une branche qui n’était pas sèche.
Dans ces 3 cas de figure, les fibres du bois se rétractent par temps sec et le manche ne tient plus correctement. Souvent, on peut voir en retirant le manche des traces de compression des fibres voire la formation d’un épaulement.

Note à nos clients : c’est à cause de ce problème que nous refusons que la plupart de nos fournisseurs emmanchent les outils eux-même à l’usine. Bien souvent ils sont forcés par une presse et les dégâts sur les fibres du bois sont irréparables.
Pour régler le problème :
- Supprimez l’épaulement avec une râpe ou quelques coups de couteau.
- Huilez au moins le haut du manche, sur la zone abimée, de préférence avec de l’huile de lin chaude. Cette huile à la capacité de polymériser (durcir). Elle viendra renforcer les éventuelles fibres affaiblies.
- Stockez ensuite le manche au sec pendant 24/48h ou moins s’il est placé près d’un chauffage. Le bois doit avoir bu l’huile.
- Huilez ou graissez le haut du manche puis insérez le dans l’outil. Frappez plusieurs coups de la manière décrite plus haut pour un outil neuf.
Focus sur les houes : le cas particulier des outils avec un gros “porte à faux”.
Une houe est composée d’un œil et d’une lame. Contrairement aux pioches et aux serfouettes, la majorité des houes n’ont qu’une seule tête. Lorsqu’on emmanche ce genre d’outil, la manière dont le poids est distribuée autour du manche induit un porte à faux. On peut l’observer facilement en enfilant le manche dans l’outil, sans forcément le serrer, puis en tenant le manche à la verticale.

On voit dans l’illustration ci-contre ce que je veux dire par là. La poids de la lame fait basculer la houe, ce qui porte à faux l’oeil par rapport au manche. Dans cet état de désalignement entre le manche et l’oeil, emmancher l’outil en frappant simplement sur le bout du manche ne peut pas être efficace. La solution décrite plus haut en faisant reposer le manche sur un banc permet d’améliorer cet alignement, mais le maintien de l’outil et la frappe doivent être précis.
Une solution que j’ai découverte est simplement de faire contrepoids sur le côté opposé de la lame. Dans ce cas, on emmanche en frappant la houe et le manche têtes en bas, sur une dalle béton ou, mieux, un billot. On s’aide d’une branche de bois très dense et lourd, peu fissile, comme le houx ou le buis. Sinon, avec le côté burin d’une barre à mine ou encore à l’aide du tranchant usé d’une veille bêche. Démonstration en vidéo :
Problème : mon manche est devenu trop fin ou s’est trop rétracté par rapport à l’œil de l’outil
On voit parfois des manches dont les propriétaires ont essayé de les épaissir avec un clou, voire 2, voire beaucoup plus que ça ! Le problème, c’est que le manche en devient dangereux et plus difficilement remplaçable. Le clou peut aussi fragiliser le manche s’il est mal placé.
La solution n’est pas de mettre grossièrement un mastic bois, ni un coin (on n’est pas des allemands). Le bois est une matière faite de fibres ligneuses. On peut lui enlever de la matière mais on ne peut pas lui en rajouter. En revanche, on peut l’entourer d’autres fibres pour simuler un ajout de matière : du tissu, de la paille, des copeaux…
- Prenez un vieux tissu, vous pouvez l’enduire d’huile de lin ou de cire d’abeille si vous en avez. (Si non, ce n’est pas grave)
- Enlevez le manche de votre outil et placez le tissu en faisant un nid dans l’œil de l’outil.

- Enfilez le manche et frappez plusieurs coups de la manière décrite plus haut pour un outil neuf.
- Évaluez s’il y a trop de matière ou pas assez, mettez un tissu plus gros ou réduisez sa taille si nécessaire.
Alternatives :
Vous pouvez aussi coincer de la paille ou toute autre matière sèche. Cela peut aussi être des copeaux de bois. Dans ce cas insérez le manche à mi-hauteur de manière à laisser un jour entre le manche et l’œil de l’outil. Bourrez de la paille dans cet interstice, puis procédez à l’emmanchement.
Cet ajout de matière évite la création d’un épaulement et la compression excessive des fibres du manche. Personnellement, mes manches coincés avec cet ajout de fibres ne se sont quasiment jamais désemmanchés. Si c’est le cas c’est parce que les fibres n’étaient pas assez ligneuses/résistantes (foin trop fin) ou pas assez sèches.
Je n’ai jamais essayé mais je suppose que ça peut aider d’enduire la paille d’huile de lin, non seulement parce que cela aurait un effet collant qui faciliterait la disposition des fibres dans l’œil de l’outil, mais aussi parce que ça lubrifierait et augmenterait la durabilité de ces fibres.
Astuces à tester (partagez vos expériences avec moi et je les ajouterai à cet article) :
– Utiliser la technique japonaise de compression des tenons en charpenterie : mater la partie du manche qui entrera dans l’œil avec de petits coups de marteau successifs pour resserrer la fibre (ne pas taper trop fort au risque de casser la fibre).
– Utiliser la technique des charrons : passer la partie du manche qui entrera dans l’œil à la flamme, sans carboniser les fibres.
Comment retirer un manche pour le remplacer ?
Si on veut le retirer, il suffit de frapper le côté opposé, comme vous pouvez le voir en démonstration dans cette vidéo :
Dans le cas d’un emmanchement à douille, il suffit de chasser le manche avec une pièce en bois que l’on vient mettre en contact sur le bout du manche coincé dans la douille.

Pour rappel, on peut facilement remplacer les manches latin à partir d’une branche que l’on façonne ensuite à l’aide d’une plane, d’une hachette ou encore d’une râpe. Mais on peut aussi avoir plusieurs manches pour un même outil, par exemple pour une hache que l’on veut tantôt utiliser comme hachette, tantôt comme hache d’abattage.
Tout cela n’est pas possible avec un emmanchement germanique, puisque la pose du coin est irréversible.




Une hache Trento Rinaldi de 900g, utilisable avec un manche long pour les travaux à deux mains, ou un manche court pour la sculpture, la fente de petit bois et autres petits travaux.
Contribution des clients :

Deux houes coincées avec une pièce de cuir ou de chambre à air de récupération. Ces deux matières semblent aussi améliorer le serrage et la friction.


Démonstration de l’ajout de ficelle dans l’œil d’une houe pour améliorer la friction de l’outil avec son manche.


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