Comment se débarrasser des ronces efficacement

Published by

on

Serpe à ronces

La ronce est une plante emblématique de nos paysages. Parfois mal aimée car jugée trop envahissante, elle est aussi considérée comme mère de la forêt. Nous parlerons ici de nos techniques pour supprimer des ronciers avec des outils manuels uniquement (pourquoi ?). Pas de vinaigre, pas de glyphosate, pas de débroussailleuse, pas de broyeur.

  1. Quelques faits rapides sur la ronce
  2. Quelles stratégies durables adopter pour cohabiter avec la ronce ?
  3. Comment se débarrasser d’un roncier ?
  4. Quelle est la manière la plus efficace de couper les ronces ?

Quelques faits rapides sur la ronce

  • La ronce est un arbrisseau* épineux, elle dépasse rarement les 4m sauf lorsqu’elle dispose d’un support, comme un arbre penché ou tombé au sol. Certaines variétés de ronces restent basses et se développent à l’horizontal, d’autres se développent davantage en hauteur.
  • Elle est un habitat de choix pour de nombreuses espèces, offre une protection et un microclimat idéal pour les jeunes arbres. C’est pourquoi certaines personnes s’intéressent de plus en plus sur la manière de travailler avec la ronce, qui est aussi une excellente travailleuse du sol.
  • Non seulement elle est mellifère, mais elle produit aussi des feuilles et des fruits consommables. Ses lianes sont aussi une excellente matière première pour la vannerie, mais aussi pour créer des liens rapides pour tuteurer ou faire des fagots.
  • Elle se reproduit principalement par marcottage, c’est-à-dire que lorsque ses lianes touchent le sol, leur bourgeon terminal crée des racines qui feront démarrer de nouvelles lianes et ainsi de suite. Elle peut aussi se reproduire par bouturage, ce qui est exacerbé par sa destruction à la débroussailleuse qui produit de nombreux morceaux projetés vers le sol.

La ronce, un arbrisseau utile pour les arbres, la biodiversité et les humains

Quelle stratégie durable adopter pour cohabiter avec la ronce ?

Avant de vous expliquer comment la couper pour vous en débarrasser, j’aimerais vous montrer comment la ronce peut vous être utile : il est bien plus fatigant de se battre contre cette plante que d’en profiter.

Cultiver dans la ronce

« La ronce est le berceau du chêne ». Cette citation populaire est vraie, car la ronce permet à la forêt de naître en protégeant les jeunes arbres des sécheresses et des coups de froid, mais aussi de la dent des herbivores.

  • Cultiver des arbres

Après la mort d’un noyer en bordure, tombé lors d’une tempête, les ronces l’ont envahi. Deux ans après, chênes et frênes perçaient déjà la ronce avec des tiges parfaitement droites. J’ai décidé de conserver ces arbres et d’attendre encore une année avant de couper la ronce qui leur sert maintenant de litière. Les arbres, en se développant, affaiblissent la ronce en lui coupant la lumière mais surtout en concurrençant son système racinaire.

  • Cultiver des fruitiers

On peut profiter des ronciers bien orientés pour n’entretenir que de petites percées pour y planter des arbres fruitiers. L’avantage est que la ronce aura déjà bien préparé le sol et qu’elle agira comme une protection naturelle au vent, aux sécheresses et aux coups de froid. 

  • L’intégrer comme une haie défensive

Plutôt que de planter une haie couteuse en temps et en entretien, nous pouvons utiliser la ronce pour clôturer une bordure. Vous pouvez guider les lianes des pousses annuelles (lianes vertes) pour les faire marcotter dans la direction de votre choix. La ronce, même si ce n’est pas le plus joli des buissons, offre une richesse beaucoup plus importante qu’une haie de thuyas, de troènes ou de lauriers : feuilles à tisanes, fruits riches en vitamines C et B12, lianes pour les liens et la vannerie, habitat pour la biodiversité.

  • Exploiter la ronce

Le meilleur moyen pour ne plus se sentir envahit par des végétaux est de leur trouver une utilité. En lisant le paragraphe précédent, vous avez compris qu’il était possible de faire des confitures, des paniers et des tisanes avec la ronce.

Vous pouvez aussi l’utiliser en coupant ses lianes et vous en servir de protection naturelle pour vos jeunes arbres. L’idéal est de planter quelques piquets autour de l’arbre, puis d’enfiler des lianes de ronce sur ces piquets à l’aide d’une fourche. Elle est aussi excellente pour remplir les haies sèches car elle est légère et flexible.  

On peut aussi l’utiliser en sous couche de couverture d’une toiture rustique (abri a bois par exemple). Elle permettra alors de retenir le foin empilé sur cette dernière et ne sera pas appréciée des rongeurs.

Mais au-delà de ça, la ronce est une excellente ressource de matière organique. Elle peut être utilisée pour produire du compost à condition de la couper en petits morceaux. Ceci peut être fait avec une serpe longue type « La Vouge », procédé que je décrirais plus loin.

Comment se débarrasser d’un roncier ?

Épuiser la ronce

Si la cohabitation n’est pas votre objectif, le meilleur moyen d’épuiser des végétaux est de les couper au bon moment. Je ne vous parlerai pas ici de bonnes ou mauvaises lunes, mais plutôt d’une observation qui fonctionne aussi bien avec la ronce que le bambou ou le chiendent.

Pour faire simple, une plante comme la ronce peut vivre parce qu’elle absorbe l’énergie solaire grâce à la photosynthèse. Les feuilles captent le soleil et transforment son énergie en sucre. Ce sucre est ensuite dépensé par la plante dans de nouvelles racines et de nouvelles tiges qui porteront ensuite de nouvelles feuilles. Ces dernières permettront à la plante de récupérer ce qu’elle a dépensé et investir à nouveau.

Lorsque vous coupez cette plante, elle va se régénérer (c’est la beauté de la vie) et dépenser son stock de sucre pour chercher à obtenir de nouvelles feuilles. Pour épuiser la ronce, laissez-la repartir et ne la coupez de nouveau que lorsqu’elle commence à développer de nouvelles feuilles. Ainsi elle dépensera beaucoup d’énergie sans pouvoir la récupérer. Beaucoup de gens commettent l’erreur de tondre dès qu’ils voient une pousse de bambou ou de ronce pour tenter d’épuiser la plante. Non seulement la plante n’aura pas dépensé assez d’énergie pour être épuisée, mais en plus les fragments provoqués par la tondeuse ou la débroussailleuse enrichiront le sol et nourriront la plante.

Quelle est la manière la plus efficace de couper des ronces ?

Côté machines, le rotofil ne coupe pas efficacement les lianes et la débroussailleuse est lourde, bruyante et produit des boutures. C’est l’un des contextes où les outils manuels tranchants sont meilleurs que les machines portatives.

Les outils manuels que nous utilisons sur les épineux doivent être dotés d’un manche assez long pour ne pas être blessés par un retour de liane. Une serpe à une main, une machette, une faucille peuvent être utilisés avec un bâton fourchu (photo illustration ?) tenu dans l’autre main afin de se protéger du mouvement des lianes. C’est suffisant lorsqu’il n’y a pas beaucoup de ronces à traiter. Pour un travail intensif et pour être plus efficace, voici ce que nous conseillons :

Si les ronces ne dépassent pas votre bassin

Lame de fauchon Falci “Dragon noir

Dans ce cas, l’outil idéal est sans hésiter une faux robuste ou un fauchon. La faux ne doit pas être battue finement, elle peut être simplement affûtée à la lime et à la pierre grossière. On ne cherche pas à faire un demi-cercle à ras le sol comme lorsqu’on fauche de l’herbe. Dans ce contexte, le mouvement est plutôt pendulaire, un mouvement que tous les débutants font naturellement à la faux en allant de la droite vers la gauche.

Si les ronces ne dépassent pas votre poitrine

D’expérience, des ronces plus hautes que mon bassin mais toujours plus petites que moi sont très facilement rabattues à la houe. Dans ce cas la houe doit être finement affûtée à la lime, avoir un tranchant large et les épaules arrondies (elles évitent de coincer la houe dans les lianes). Voir les formes Rodo et Marre. L’intérêt de la houe dans ce contexte est que le mouvement vertical est beaucoup plus naturel qu’avec une faux ou un fauchon. Autre avantage, la houe peut aussi couper les racines après avoir coupé les lianes, mais aussi servir d’outil de manutention pour créer un boudin de ronces facilement transportable par la suite : il suffit de tirer les lianes au sol avec la houe, celles-ci s’enrouleront sur elles-mêmes.

Houe large type “Rodo“. Son tranchant coupe de nombreuses lianes à la fois et ses épaules arrondies permettent de la libérer facilement des ronces.

Si les ronces dépassent votre hauteur

Dans ce dernier cas, il s’agit d’un roncier assez âgé, bien développé. Le problème de la faux et de la houe sur ce type de roncier est qu’elles n’offrent pas assez de trajectoires variées et se montrent peu efficaces en hauteur.

L’équipement idéal est un outil très maniable, offrant de nombreuses trajectoires et peu encombrant pour ne pas rester coincé dans les lianes.

Après de nombreux tests, l’idéal est une serpe montée avec un long manche. Ma préférée (et celle de nos clients) pour ce travail est « La Vouge » de 68cm avec un manche cintré de 70cm. 

Les avantages de cette serpe sont : une lame longue, fine, avec un tranchant à un simple biseau* pour être le plus efficace possible pour couper à la volée.  Sa douille, qui reçoit le manche en bois, est parfaitement alignée avec la lame. On ne retrouve pas ces avantages sur les serpes du commerce, et très rarement sur les anciennes de vide-greniers.

La forme de sa lame est capable de trancher de nombreuses lianes à la fois et sa finesse la rend légère tout en gardant une excellente rigidité. Aussi, sa forme droite et allongée ne coince pas dans les lianes.

Affûtée finement à la lime puis aiguisée à la pierre – ou préparée par nos soins – elle se comporte comme un sabre. Pour les ronces, on l’utilise principalement avec un geste vertical (du haut vers le bas) et légèrement diagonal. Le but du mouvement est de décrire un X étroit pour trancher les lianes devant soi. Cette méthode est valable pour entrer dans n’importe quel fourré épineux ou non.

En jaune, les trajectoires de la lame pour couper les lianes devant soi.

On avance en marchant sur les lianes coupées, de bonnes bottes à semelle renforcée son nécessaires. Avec un peu d’entraînement, vous serez capable d’évaluer la meilleure trajectoire pour trancher le plus de lianes d’un seul coup.

Vous pourrez aussi varier les gestes pour créer des « cachettes » ou des passages dans un gros roncier.

Ce que j’aime le plus avec cette méthode est de pouvoir préserver les troncs de jeunes arbres qui poussent naturellement dans le roncier. On en profite par la même occasion pour leur couper les branches latérales et les encourager ainsi à monter plutôt que buissonner.

Attention : si vous souhaitez conserver de jeunes arbres au milieu du roncier, la Vouge peut couper un petit tronc de 4cm de diamètre d’un seul coup. Observez bien pour éviter les erreurs.

Le ramassage des lianes se fera dans un second temps, idéalement avec un croc ou une houe permettant de tirer les lianes et former des boudins en les enroulant sur elles-mêmes. Les marcottes* et le pied mère seront enfin supprimées à la houe, en les tranchant à la racine pour éviter toute repousse.

Pourquoi des techniques manuelles uniquement ?

La raison d’être de « La Frontière » est de rééquiper la population avec des outils ancestraux pour 4 raisons :

  • Promouvoir des outils qui ne nécessitent pas de carburant, pas de pièces détachées et qui peuvent être transmis aux générations futures.
  • Permettre une plus grande autonomie du peuple et des générations futures face aux crises rendant notre technologie moderne inutile ou impraticable. 
  • Devenir habile dans un monde ou tout nous déconnecte à l’usage de notre corps à savoir utiliser un outil manuel tranchant deviendra une compétence clé dans les années à venir. 
  • Démontrer que l’humain et l’outil sont compétitifs face à la machine dans de nombreux contextes.

*Arbrisseau : plantes ligneuses de moins de 4m de haut, comme les ronces, les ajoncs, les genêts. A ne pas confondre avec le terme Arbuste qui désigne les plantes ligneuses qui font entre 4 et 7m de hauteur.

*Simple biseau : le tranchant est plat d’un côté et biseauté de l’autre. C’est la même forme de tranchant qu’un ciseau à bois.

*Marcottes : bases des lianes, dont les racines proviennent du bourgeon terminal d’une liane précédente.

Texte rédigé par Thibaud Morthelier

2 responses to “Comment se débarrasser des ronces efficacement”

  1. Avatar de Olivier
    Olivier

    Bonjour, j’aime beaucoup votre approche de la nature et du travail respectueux ! et puis, il faut le dire : vos prix très intéressants…

  2. Avatar de Xaf
    Xaf

    Bonjour
    Commentaire garanti sans AI 😉
    Excellent article (comme d’habitude) qui commence très justement par aborder le ‘problème’ du roncier avec un angle ‘pacifique’ de cohabitation.
    C’est très bellement intelligent : on voit où nous a mené le fait de vouloir conquérir le naturel.
    Ceci dit, la belle est exhubérante et il faut pouvoir aussi limiter ses ambitions conquérantes.
    Merci donc pour ces précieuses informations, toujours pertinentes, et ces magnifiques outils qui magnifient la pensée ainsi que le geste qui en découle sans bruit et sans odeur… hormis sans doute celle de la sueur.
    La liberté se mérite 🙂

Laisser un commentaire

En savoir plus sur La Frontière

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture