Comment bien choisir sa houe ?

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« La houe, objet le plus propre à travailler la terre ».

C’est ce qu’affirmait à propos de la houe l’historien, archéologue et ethnologue André Leroi-Gourhan, en 1949.

Depuis l’apparition de l’agriculture au néolithique, la houe apparaît comme outil agricole universel, aussi bien utilisé par les amérindiens dans les plantations de maïs, que par les peuples africains, asiatiques mais aussi européens.

La Houe et les alternatives aux machines

Malgré sont succès à travers les âges, lorsqu’on recherche des alternatives aux machines pour le travail de la terre, la houe est rarement proposée. Comme si chaque micro-ferme devait avoir des animaux de traits pour permettre à une famille de 4 de subsister. La traction animale est sans aucun doute l’alternative la plus efficace pour une communauté, mais elle reste démesurée à l’échelle d’un foyer en termes d’occupation de la surface et du quotidien.

Autre alternative, le non-travail du sol nécessitant des intrants importants pour éviter la repousse des herbes spontanées. Cette dernière alternative est la meilleure pour la vie du sol. En revanche, elle nécessite un apport en matière organique très important (foin, déchets alimentaires, broyat…). Le livre du Potager du Paresseux indique un ratio de 250kg de foin pour 75m² de cultures. Ce ratio permet de rapidement comprendre que cette alternative n’est possible que si des machines exploitent de grandes surfaces pour produire assez de paillage ou de broyat pour des cultures sans travail du sol. Pour un potager de 900m² produisant des légumes, légumineuses et tubercules, il faudrait donc 3 tonnes de foin pour suivre cette méthode. Soit 1ha de prairie entièrement fauchée pour couvrir 900m² de culture.

La houe, offre un juste milieu entre ces méthodes, en réduisant l’impact négatif sur le sol et la dépendance aux intrants. Cet outil permet notamment de faire sans les bâches et cartons devenus indispensables pour installer de nouvelles cultures : la houe permet d’ouvrir le sol même dans les prairies sauvages et les zones en friche.

Labourer à la houe
Travail d’une zone de 100m² à la houe. Ici, une houe modèle Cocconato et un manche de 140cm.
Haddon Arthur Trevor – Un travailleur à la houe
Vidéo Youtube réalisée en Mars : Tuto : Utiliser une Houe / cultiver la terre sans intrants et sans pétrole. Cette vidéo permet de bien se rendre compte de l’efficacité de la houe sur une prairie sauvage.

Pourquoi la houe et pas la bêche, la fourche bêche, la grelinette ?

La houe, un outil polyvalent.

La raison d’être de la boutique est de proposer des outils simples, essentiels, accessibles, dont l’usage permet de répondre aux nécessités de la vie. La houe est l’un d’eux puisqu’elle représente l’un des outils les plus efficaces et polyvalent pour cultiver la terre. Quand la bêche et la grelinette ne peuvent réaliser qu’une ou deux tâches chacune, la houe permet de défricher, biner, émotter, sarcler, hacher, aérer, niveler, buter, billonner, creuser des tranchées, des sillons, des canaux d’irrigations, des fondations, des marres… Bref, si l’on ne devait choisir qu’un outil pour produire sa nourriture, ce serait certainement la houe.

Plus efficace que les autres.

C’est aussi une question d’efficacité pour celles et ceux qui visent l’autonomie alimentaire sans machines ni animaux de traits. La houe permet de travailler de grandes surfaces bien plus rapidement qu’à la bêche. Dans les traités agricoles du 19ème siècle et selon Marcel Lachiver, la houe permet de travailler 500m² en une journée de travail quand la bêche ne permet d’en faire que 200. De notre côté, nous avons remarqué que 100m² nous prenaient environ 1h30 à travailler.

Un autre côté non négligeable est le mouvement et la position du corps au travail. Une houe équipée d’un long manche permet d’éviter la fatigue musculaire et le mal de dos, à condition que l’on prenne le temps de travailler avec les forces de levier, d’inertie et de gravité. Je m’explique :

Le mouvement basique de la houe pour convertir de la prairie en zone cultivable est assez simple : on hisse la houe vers le haut pour lui donner de l’élan, on la laisse amorcer sa chute, puis on accélère le mouvement jusqu’à son impact. Une fois fichée dans le sol, soit notre sol est très enherbé et dans ce cas on actionne le manche de la houe pour faire levier et détacher les racines puis tirer la motte vers soi ; soit on peut tout de suite tirer la houe vers soi après qu’elle ait pénétré le sol.

Parenthèse (conseils)

Comment réduire la fatigue et augmenter ses capacités physiques par des gestes simples.

Au moment de hisser la houe, votre main gauche glisse vers le haut du manche pour faciliter la levée de l’outil tandis que votre main droite reste sur la partie basse du manche. Utilisez aussi votre bassin et vos jambes pour entraîner le mouvement, cela vous renforcera et permettra de partager l’effort dans les différentes parties de votre corps. Astuce : plutôt que faire ce premier mouvement de manière linéaire, donnez une impulsion à l’outil pour le hisser. Vous pouvez quasiment lâcher la houe à ce moment-là, son inertie fait qu’elle semble décoller puis flotter dans l’air. A ce court instant, reprenez-la en main et passez à l’étape suivante…

Prenez votre temps : la houe a une masse et donc une inertie quand celle-ci est déplacée dans l’espace. Vous devez travailler avec cette inertie et non pas contre elle. Ainsi, quand l’inertie de la houe hissée en l’air tire un court instant vers le haut, ne commencez pas le prochain mouvement tout de suite. En effet, vous dépenserez davantage d’énergie en cherchant à contraindre l’outil vers le bas alors que sa force tire encore vers le haut. Cela peut vous paraître bête, mais, comme moi, vous répéterez ce mouvement des milliers de fois, économiser la moindre énergie n’est donc pas insignifiant.
Au lieu de vouloir aller vite en ne prenant pas en compte la contrainte des forces, attendez que la masse de votre houe soit attirée vers le sol, par effet de gravité. Vous n’aurez plus qu’à suivre le mouvement et l’accélérer.

Restez détendu : le pire ennemi du travail manuel, c’est de vouloir aller vite, d’être performant et d’oublier de prendre du plaisir. Synchronisez votre respiration avec le mouvement, faites le vide, cherchez le mouvement parfait en observant votre corps, votre outil et la terre. Surtout, remarquez si vos mains se crispent sur le manche, c’est un signe que vous devez vous détendre.

Aiguisez votre houe : la houe, plus que les autres outils, s’use par le contact répété avec la terre, les débris et les cailloux. A l’aide d’une lime, aiguisez votre houe avec un angle obtus pour le travail lourd, et un angle plus fin si vous souhaitez hacher ou sarcler les végétaux en surface. Aiguisée, la houe pénètre mieux dans le sol, non pas parce qu’elle coupe la terre, mais parce qu’elle tranche aisément les multiples couches de racines.

Un outil convival

Dans notre pays, nous avons pris la mauvaise habitude de travailler seuls. Comme les autres outils manuels, la houe est un outil qui permet de travailler à plusieurs et de partager un effort physique. Cela a pour effet non seulement de créer l’émulation, mais aussi la satisfaction et le sentiment d’appartenance à un groupe. Dans certaines régions du Portugal, des groupes de femmes continuent à labourer les champs à la houe en groupes. Alors même que cela pourrait être fait avec des machines. La raison à cela est non seulement l’économie de la complexité, mais surtout le plaisir de se retrouver. La satisfaction de l’effort commun et la joie de réussir des travaux à plusieurs.


Ce point de la convivialité est très important. Surtout de nos jours, où nous devons réapprendre à travailler les uns avec les autres.

Travail à la houe
Mouvement synchrone des houes pour retourner la bande de terre (mai 1991, Soajo, N.-O. du Portugal) Source
houe forgée soudée
Houe “forgée” mais dont l’œil est soudé au fer.
houe forgée de qualité
Houe forgée d’une seule pièce : pas de soudures, elle est incassable. Modèle Piemonte.

Qu’est-ce qu’une bonne houe ?

3 choses sont essentielles pour définir une bonne houe : la méthode de fabrication, le manche et la forme du fer.

Les meilleures houes sont forgées à chaud d’une seule pièce. Regardez la jointure entre l’oeil et le fer de la houe, celle-ci ne doit pas présenter de traces de soudure. Une soudure peut être de bonne qualité, mais elle peut aussi céder sous la contrainte. Tandis qu’une houe forgée d’une seule pièce est incassable ! Cependant, certaines houes soudées sont garanties incassables, comme celles de la taillanderie Verdugo.

Dans le commerce, la plupart des manches de houe dépassent rarement 1m-1m20, ce qui est souvent insuffisant : un manche plus long offre plus de confort, notamment pour les plus grands. L’idéal est d’avoir un manche dont la hauteur arrive sous votre aisselle.

La forme de la houe est l’un des points les plus importants. Un fabricant qui offre plus de 5 formes différentes est un taillandier qui sait pourquoi il forge des houes. La plupart des houes vendues dans les commerces sont des outils dits de « hobby » c’est-à-dire pour jardiner, mais pas trop. Les fers ne sont ni larges ni étroits, ni lourds ni légers. Ce type d’outil se trouve donc être utilisable partout mais bon nulle part. C’est le problème de la standardisation générée par la production de masse. On se retrouve alors avec des produits aux caractéristiques bâtardes pour faire croire à de la polyvalence.

Dans notre boutique, nous proposons plus d’une dizaine de formes de houes différentes. Toutes en provenance de forges spécialistes depuis plusieurs siècle, comme Orsatti et Verdugo. Pourquoi tant de choix alors que nous avons l’habitude dans les commerces de ne trouver qu’une forme de houe standard ?

Tout simplement parce que les sols ne sont pas standards et que ces modèles sont un héritage de siècles de transformation des outils pour parvenir aux formes les plus efficaces. Ainsi, nous avons produit un petit tableau récapitulatif pour comprendre quelle houe choisir. Cela selon le type de sol mais aussi selon le type de travaux que vous souhaitez réaliser.

Tableau de comparaison des formes

Ce tableau croise les utilisations possibles de l’outil avec les différents modèles de houes disponibles sur le site.

Quelques notes pour comprendre la classification :

Les cases marquées « OUI » représentent un usage optimal avec telle ou telle houe. Les cases marquées « OK » représentent un usage possible mais où le modèle ne sera pas dans son contexte le plus efficace. Les cases marquées « NON » représentent un usage possible mais non recommandé. En effet, vous pouvez très bien choisir de labourer de grandes surfaces avec le modèle « Toscana Étroite ». Nous ne le recommandons pas, car vous pourriez aller beaucoup plus vite avec un autre modèle. Vous pourriez aussi choisir le modèle « Cocconato » avec un terrain caillouteux. Mais useriez l’outil rapidement et devriez le remplacer plus tôt que si vous aviez utilisé un modèle adapté.

On peut tout à fait être tenté de se diriger vers la houe qui possède le plus de cases vertes. Contrairement aux smartphones, aux voitures ou aux aspirateurs, les houes n’ont pas de grandes différences de prix et des performances plus ou moins élevées selon celui-ci. Leur performance dépend de leur adaptation à ce que vous voulez en faire.

Cliquez sur l’image pour voir en plein écran

*où il n’est pas envisageable d’enlever cailloux et pierres au fur et à mesure

Brève présentation des principales houes de la boutique

Houe olbia falci domenico pedretti orsatti

Houe “Olbia”

Un modèle large, robuste et avec un poids lui permettant de faciliter la pénétration dans le sol. Elle est idéale dans les terres franches et les sols légers, c’est la houe qui permet de travailler le plus facilement les grandes surfaces.

Houe “Toscana”

Un modèle plus léger mais dont la pénétration dans le sol est assurée par l’étroitesse de son tranchant. Ses petites épaules arrondies la rendent pratique pour défricher : quand on relève la houe après l’avoir plongé dans un roncier, les lianes peuvent difficilement s’agripper.

Houe toscana falci domenico pedretti
houe toscana nuoro falci domenico pedretti

Houe “Toscana” étroite

Le même poids que sa soeur et pourtant plus étroite : on a affaire à une houe dédiée aux sols durs, lourds. Ceux-ci nécessitant non seulement un fer robuste, habile, mais aussi très étroit pour transpercer les sols les plus difficiles. En dehors de ces prédispositions, elle est très agréable pour les petits travaux précis peu importe le type sol.

Houe “Piemonte”

Une forme redoutablement polyvalente, presque incontournable. La forme triangulaire permet une bonne pénétration dans tout type de sol. Elle excelle dans la formation des sillons/billons et pour buter les plantations.

houe piemonte sappe triangulaire falci domenico pedretti
Houe cocconato falci domenico pedretti

Houe “Cocconato”

Étirée au marteau pilon, lui donnant une surface exceptionnelle. C’est une excellente houe dont la finesse permet d’avoir une très bonne pénétration, un tranchant fin pour hacher les végétaux. Elle possède aussi une largeur confortable pour travailler de grandes surfaces.

Houe “Bigard”

Cette houe, aussi appelée croc à deux dents, offre de sérieux services quand il s’agit de déraciner, extirper des mottes, enlever les pierres, mais aussi aérer le sol sans le retourner. C’est une forme peu polyvalente mais difficilement remplaçable dans ses facultés respectives.

Houe bigard croc 2 dents falci

7 responses to “Comment bien choisir sa houe ?”

  1. Avatar de Dupuy
    Dupuy

    Bonjour, un immense merci pour cet article, et la profonde et concrête philosophie qu’il y a derrière toute la démarche.
    Des années que je pense à ces aspects sans pouvoir trouver un magasin qui sache bien el’aborder.

    L’intelligence des milliers d’outils qui nous attendent, de formes, de matériaux qui parlent de nos relations aux paysages, aux territoires, aux écosystèmes dans lesquels on bosse, on vit, on a vécu.

    Sans en rajouter sur l’intelligence évidente ou nécéssaire des anciens, le simple fait de nous donner accès ici à ces outils et toute la pratique qu’ils permettent, a tant de sens et de valeur aujourd’hui !

    Et puis le plaisir.. à travailler avec un bon outil… ! Vraiment merci.

    1. Avatar de Thibaud Morthelier

      Merci beaucoup pour votre message, ça me fait plaisir à lire !
      Thibaud

  2. Avatar de Gilles Huin
    Gilles Huin

    Bonjour, cela fait vraiment plaisir de constater qu’il y a encore des gens professionnels, passionnés et pour qui une explication va de pair avec une vente afin de bien renseigner le client pour sa satisfaction et son plaisir après achat.cela se fait hélas bien rare et mérite d’être souligné. Je n’ai pas encore reçu la houe mais je sais déjà que la qualité sera là. Merci donc à vous.

  3. Avatar de laurent
    laurent

    Bonjour, je mesure 1,87 mètre et la plupart desmanches de houe/piochons etc. sont trop courts, je me casse le dos. Avez-vous un conseil pour choisir la bonne longueur de manche?

    1. Avatar de Thibaud Morthelier

      Bonjour Laurent, c’est pour cela que nous vendons des manches de 140cm, cela devrait mieux convenir à votre taille que les manches de 110cm du commerce. Personnellement les manches de 140cm sont un poil trop grand pour moi et je fais 182cm. Bonne journée !
      Thibaud

  4. Avatar de BEUMIER Hugues
    BEUMIER Hugues

    Bonjour, je voudrais une houe piemonte extra large avec son manche, quand sera t-elle à nouveau disponible ?

    1. Avatar de Thibaud Morthelier

      Bonjour Hugues, si vous parlez bien de celle-ci : https://la-frontiere.fr/boutique/houe-piemonte-forgee-au-marteau-pilon-avec-manche-en-bois-140cm
      Nous venons d’activer la précommande car nous venons de réceptionner la nouvelle série. Elles seront brossées Lundi et prêtes à être affûtées et expédiées dans la foulée.

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